Philippe Chancel

Workers

TERRITOIRE

Aux émirats arabes unis (E.A.U ) qui comptent 7 villes états dont les principales sont Dubai, Abu Dhabi et Charjah. l’emploi sur les grands chantiers d’infrastructures, d’équipement industriel et de construction est régi de façon rigoureuse : les ouvriers sont embauchés dans le pays d’origine par des intermédiaires, pour la durée du contrat et se voient retirer leur passeport pour la durée du séjour. Ils sont logés dans des camps, partagent des dortoirs collectifs, ils n’ont pas de contact avec le pays d‘accueil et envoient une partie de leur salaire à leur famille. « usés » Ils sont reconduits dans leur pays d’origine après deux à trois ans passés sur les chantiers et remplacés par de nouvelles vagues d’ouvriers.

IMMIGRATION

Au émirats arabes unis 80 % de la population qui comptent officiellement 2 ,5 millions de personnes est constituée par une immigration étrangère qui représenterait plus de 180 nationalités. Les estimations portent à plus de 500 mille les nombre d’ouvriers travaillant sur les grands chantiers de Dubai et maintenant d’Abu Dhabi. Majoritairement, les ouvriers sont de Indiens du Kérala, l’état le plus pauvre de l’Inde, on dénombre des Sri Lankais, des Ceylanais, Pakistanais, Philippins, des Malaisiens, des Indonésiens, des Iraniens, des Palestiniens, des Egyptiens, des Soudanais. Leur salaire atteint moins de 200 dollars par mois, pour 70 heures de travail par semaine, souvent sept jours sur sept.

SPECTRES

Une bonne partie de l’année la température dépasse les 45°C dans les Emirats rendant le travail sur les chantiers inhumain. Recouvert de casques et vêtus de combinaisons aux couleurs criardes qui sont celles de leurs camps respectifs, les Workers luttent contre la chaleur, la poussière et la lumière aveuglante du désert en dissimulant leur visage sous d’incroyables accoutrements qui les rendent anonymes et inexistants au regard des autres, comme s'ils n'étaient plus que des spectres. Ces photographies cherchent à faire apparaitre la marque apparemment invisible de leur personnalité. Ces figures expriment sous couvert de l’indifférence la violence quotidienne de leur existence. Néanmoins on peut y voir aussi des éléments identitaires propres à leur pays respectif comme les dernières attaches à leurs racines originelles. Enfin un certain trouble s’immisce quant aux coutumes locales du port du foulard islamique.

GISANTS

Pour les ouvriers du bâtiment le moindre coin d’ombre dans l’espace public et sur les chantiers est bon à prendre et la tentation trop forte lors des courtes pauses de s’y allonger et y dormir. Des corps inertes qui apparaissent gisant comme des corps morts.

SCENES

Par grappes, par brigades, par bataillons entier, telles des silhouettes de "Playmobil", depuis trois décennies un fourmillement humain bâtit dans les Emirats mètre par mètre, au mépris des règles internationales du travail, les projets architecturaux les plus spectaculaires du début du XXIe siècle pour parvenir à créer des villes-mondes aux infrastructures tournées vers l’industrie des loisirs et des biens de consommation.

Philippe Chancel