Philippe Chancel

Datazone in progress

Véritable « Work in progress », Datazone est un portfolio singulier dans l’œuvre de Philippe Chancel. Cinq “destinations” y sont réunies : la Corée du Nord, les Émirats, Kaboul, Port-au-Prince, Fukushima… Autant de lieux, de configuration d’événements et de cultures choisis par le photographe ces cinq dernières années. Philippe Chancel fait partie des artistes qui luttent contre le temps rapide et qui renouvellent la signification même de l’image photographique dans le reportage contemporain.

Que peut encore dire la photographie sur notre monde ? Possède-t-elle encore ce pouvoir qui fut autrefois le sien : montrer les modes de construction des identités et ainsi présenter l’impensé des cultures contemporaines ? Ce type de conviction doit se lire presque comme une éthique, une quête que certains qualifieront de désespérée tant notre quotidien foisonne de ces visuels qui colonisent nos vies et même nos imaginaires au point que nous ne les regardons plus véritablement.

Au désenchantement, Philippe Chancel oppose l’enthousiasme, énergie nécessaire à tout explorateur. Cet enthousiasme ne se réduit pas à la simple conviction qu’il faut de nouveau arpenter notre planète mais surtout qu’il faut l’arpenter autrement. Le photographe se forge une écriture singulière en utilisant les nouvelles techniques d’enregistrement et en définissant une distance et un style qui font œuvre avec ses sujets. Qu’il s’agisse du pouvoir autoritaire et omniprésent en Corée du Nord, de l’ultra capitalisme caricatural de Dubaï, ou de catastrophes surmédiatisées, Philippe Chancel présente des images précises, détaillées, sans effet de style et dénuées d’affect. Le photographe se tient au réel, ses images évitant les écueils que sont l’exotisme ou toute autre forme de merveilleux. 

Philippe Chancel joue avec différentes échelles d’approche du réel — gros plans, plans moyens, paysages, desquels émergent les détails qui confèrent un rôle actif à la réception des images, et qui les sauvent de toute autorité. 

Chez Philippe Chancel tout part du réel. Nul trucage chez lui, nulle volonté de mise en scène. Les conditions de production des images, les moments et lieux choisis, un style clair et frontal, laissent advenir une humanité possible à l’intérieur d’une « Datazone » extrêmement riche, où la définition du vivre-ensemble est plus que jamais globale. L’auteur réalise ses sujets, dans une continuité de traitement, déjouant le mirage du progrès. À ce titre, Datazone procède d’une anthropologie de la globalisation. 

Adrien Chevrot et Damien Sausset 

Genuine “work in progress”, Datazone is a remarkable portfolio in Philippe Chancel’s work. Five “destinations” are brought together: North Korea, the Emirates, Kabul, Port-au-Prince, Fukushima… So many regions, event settings and cultures picked out by the photographer over the past five years. Philippe Chancel is one of those artists who struggle against the fast pace of life and strive to renew the meaning of the photographic image in contemporary reporting. 

What can photography still express about our world? Does it still have that personal power that it used to possess to reveal the forging of identities and thus display the unknown side of contemporary cultures? This kind of belief has to be apprehended almost like ethics, a pursuit that one might consider desperate as our daily lives and even our imagination are now taken over by visual images, so abundant that we hardly notice them anymore. 

Philippe Chancel opposes disillusionment with enthusiasm, an energy that every explorer needs. This enthusiasm doesn’t merely lie in the simple belief that one needs to explore our planet but that one needs to explore it differently. The photographer succeeds in creating a singular script by using new recording technologies and defining a distance and style that coincide with his subjects. Whether with regard to the omnipresent authoritarian regime in North Korea, the caricatural ultra capitalism in Dubai or disasters hyped by the media, Philippe Chancel presents accurate detailed images, stripped of stylistic effects and poses. The photographer sticks to reality, his images thus avoiding the pitfall of exoticism or other forms of sensationalism. 

Philippe Chancel toys with different scales in order to approach reality — close-ups, middle shots, landscapes — from which emerge details that convey an active role in the reception of images, and that save them from any form of authority. 

For Philippe Chancel, everything starts from the existent. No special effects, no desire for staging. The conditions in which the images are produced, the choice of moments and locations, the articulate and frontal style, all allow humankind to materialise in an extremely rich “Datazone”, where the definition of “living together in harmony” is more global than ever. The author produces his subjects in a continuous process which eludes the mirage of progress. As such,Datazone originates in an anthropology of globalization. 

 Adrien Chevrot and Damien Sausset